La vallée s’est encaissée d’environ 200 m dans les roches Crétaciques (Cs) composées de marnes rouges avec des niveaux calcaires. Le profil transversal montre le modelé typique : (1) un chenal qui méandre dans une plaine d’inondation (T0) bordée de lambeaux d’une terrasse fluviatile limoneuse Holocène (T1); (2) des flancs de vallée à pente forte (30° à 40°) couverts d’éboulis ; les pentes fortes sont remplacées, par endroits, par des falaises presque verticales, endroit idéal pour creuser des greniers de falaise.

Au fond de la vallée, des argiles rouges à gypse Triassiques (t) affleurent. A cause de la dissolution du gypse, l’eau de la rivière est d’une qualité saumâtre. Cette qualité pose des problèmes quant à son utilisation comme eau d’irrigation. La salinité de l’eau peut néanmoins diminuer temporairement au début du printemps quand l’eau est diluée par les eaux de fonte de la neige provenant de la partie supérieure du bassin versant. L’ autre possibilité de contourner cette contrainte est de la mélanger à l’eau douce de source. C’est le cas à Ankhassa où une source permanente – nourrie par la nappe phréatique – à débit suffisant s’est développée au pied du flanc nord d’une vallée tributaire de la Marghane.

Géomorphologie

Etudes géomorphologiques et réseaux hydrauliques

Une première reconnaissance de la vallée des assifs Awnil et Marghane, respectivement au nord et à l’ouest de Tazleft, montre des schémas de peuplement assez similaires sur l’ensemble des vallées. Leurs différences se jouent évidemment au niveau de la topographie locale mais également sur le plan des changements géomorphologiques au fur et à mesure qu’on remonte la vallée.

Au nord de Tazleft, il s’agit d’une vallée encaissée dont les pentes dynamiques (à 32°) charrient les blocs érodés de la falaise qui couronne la pente. Pentes et falaises ne sont utiles qu’aux troupeaux de chèvres et de moutons. Tout installation humaine risque d’être écrasée par les éboulements à partir de la falaise. Au pied de la pente, se situe le lit de l’assif constitué de trois parties: le lit du cours d’eau proprement dit, puis une zone de cultures annuelles qui correspond à la terrasse inférieure inondée chaque année, enfin une terrasse supérieure où des cultures perpétuelles et des arbres bénéficient d’une irrigation continue.

Les eaux de l’assif sillonnent le lit en sinusoïde érodant la berge concave et déposant des matériaux sur la berge convexe. Le canal principal d’irrigation se situe à la limite entre la terrasse supérieure et le pied de la pente. Le canal prend son eau, soit par une prise d’eau dans l’assif, soit par récupération des eaux de ruissellement, soit par une combinaison des deux.

Le réseau hydraulique de Tazleft

Le réseau hydraulique de Tazleft débute par une prise dans l’assif Awnil à la sortie du village de Tassarda. Un deuxième canal de moindre importance irrigue quelques terrains dans la berge concave de l’assif. Il prend lui aussi son eau par une prise dans l’assif à la limite de la terrasse inférieure et au pied de la terrasse supérieure. On pense qu’il s’agit d’une initiative privée et son entretien incombe au propriétaire des terrains irrigués. Par contre, la gestion du canal principal dépend de l’assemblée du village qui choisit un gardien des eaux d’irrigation. Ainsi, chaque propriétaire a le droit d’ouvrir une vanne du canal pour irriguer ses terrains, la durée de l’action étant déterminée par la superficie à irriguer. Toute infraction est signalée au gardien des eaux (amin).

Le canal principal suit la rive droite de l’assif jusqu’à la table de marne sur laquelle est construit le village de Tazleft. Il quitte par la suite le cours de l’assif Awnil sous forme de « targa » ou seguia qui passe à une vingtaine de mètres de profondeur sous le village actuel (5 à 6 m vers le centre et environ 3 m à sa sortie de terre). Il retrouve la surface à l’ouest du village. Environ tous les 20 mètres, une bouche d’entretien et d’aération permet l’accès au canal. Actuellement, le diamètre d’ouverture de ces bouches s’est fortement élargi par le ruissellement des eaux de pluies.

Le canal irrigue les terrasses de la rive gauche de l’assif Marghane, à l’ouest du village, rejette ensuite ses eaux dans l’assif Marghane. Plusieurs canaux secondaires et tertiaires distribuent l’eau vers les parcelles.

L’entretien du canal incombe à la communauté villageoise. Des réparations auxquelles chaque famille doit participer sont prévues deux fois par an. Des interventions extraordinaires s’opèrent lors de grandes crues. Deux fois par année également, on cure le canal pour en sortir des saletés et des excès de vase. Ainsi, le temps passé à l’entretien du système hydraulique se chiffre entre 15 jours et 2 mois par an.

En général, les eaux de l’assif Marghane, dénomination qui se traduit par «la rivière salée», sont de qualité moins bonne que celles de l’assif Awnil. C’est la raison de l’adduction d’eau de l’Awnil pour l’irrigation des terrains sur la rive gauche de la Marghane.